Pourquoi le droit d’auteur n’a aucun sens pour un chercheur

par RM

En tant que chercheur, la plupart des droits d’auteur que je détiens portent sur des textes dont l’intérêt repose sur le fond et non sur la forme. Je ne suis pas romancier ni poète : du moment que mes textes sont clairs, bien structurés et concis, mes lecteurs s’en contenteront, sans que je sois tenu de faire du style.

En revanche, la valeur des textes que je peux écrire (si valeur il y a – aux reviewers de le dire) tient dans les informations contenues dans le texte, c’est à dire dans les archives dépouillées, dans la mise en œuvre d’une culture historique, ainsi que dans la capacité à rapprocher des faits afin de leur donner une signification, dans la capacité à analyser des données, les contextualiser, les expliquer, faire des hypothèses puis tenter de les démontrer.

Or, le droit d’auteur repose sur la forme. Plagier consiste à copier les phrases dans leur termes exacts (ou très proches). En revanche, reprendre les informations contenues dans un article ou un livre pour les publier ailleurs n’est pas réprimé. Le fond n’est pas protégé. La seule protection contre cela est communautaire : cela ne se fait juste pas. Ceux qui le font sont très mal considérés, avec éventuellement des conséquences sur leur intégration dans la communauté scientifique – c’est pourquoi les seuls à le faire sont des journalistes ou historiens amateurs qui publient un livre par an, sans jamais faire de recherche (livres qui se vendent bien évidemment plus que tout ouvrage rédigé par un historien sérieux).

En revanche, les restrictions imposées par le droit d’auteur vont à l’encontre d’une bonne diffusion des travaux. Il s’oppose souvent à l’open access, pourtant primordial à la fois pour le chercheur (qui désire être lu et cité) et pour ses collègues (qui doivent se tenir au courant de l’état de l’art sans être bridé par des considérations pratiques ou financières).

C’est pourquoi les grands journaux en open access publient sous licence libre. C’est le cas bien évidemment des très importantes revues de la galaxie PLoS, dont les articles sont placés sous licence Creative Commons CC-BY. Quant à moi, je les place sous licence CC-BY-SA, ce qui s’applique à l’ensemble de mes écrits – notamment ceux chargés dans HAL-SHS.

Quels sont mes seuls textes qui ne se trouvent pas sous licence libre ? Ceux que j’ai dû pour une raison ou une autre publier chez un éditeur qui s’est opposé à la libération des textes (comportement largement à l’origine d’un grand boycott international contre certains éditeurs, en premier lieu Elsevier) – ce qui repose sempiternellement la question de savoir si l’on peut encore parler de droit d’auteur ou s’il s’agit d’un droit d’éditeur.

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