Le livre entre dans la danse

par RM

On ‘en a beaucoup moins entendu parler que de MegaUpload. Mais library.nu, grand site de partage de livres électroniques a été fermé le 14 février, sur les instances de quelques éditeurs, majoritairement anglophones.

La couverture médiatique à peu près nulle en dehors des blogs : seuls les Echos en ont parlé (admirer le « en se faisant passer pour une bibliothèque Internet » de cet article…) – en plus de la presse spécialisée comme Zdnet.On peut d’ailleurs trouver une trace de la méconnaissance de la part du grand public sur le forum Numérama où la première réponse à la personne est de demander ce qu’est le site. Preuve peut-être de la faible visibilité du livre par rapport au film et aux séries.

Le message officiel est lui-même sibyllin : tout juste nous parle-t-on de 170 ouvrages, sans aucune précision, et de 17 éditeurs, omettant d’indiquer lesquels.  Parmi eux, semble-t-il, HarperCollins, Oxford University Press et Macmillan.

L’identité des éditeurs – et avouons-le, le fait que nous soyons passé sur site avant sa fermeture – montre qu’une bonne partie des livres qui y étaient partagés étaient des livres de niveau universitaire. C’est-à-dire des livres pour lesquels les auteurs n’attendent pas spécialement de rémunération, d’ailleurs absolument ridicules – ou du moins symboliques (à moins que l’on considère qu’un spécialiste mondial d’un sujet mérite d’être payé 500 ou 1000 euros pour plusieurs années de travail).

Sans doute peut-on voir là une attaque parallèle à celle du Research Works Act qui vise à interdire la libre diffusion des travaux scientifiques payés sur fonds publics. Les deux actions sont d’ailleurs menées par l’AAP (Association of American Publishers) qui mène une lutte très active afin de s’opposer à l’open access et prolonger un modèle économique remis en cause de toutes part, car tout simplement inique.

Mais ceci crée un précédent et marque l’entrée dans une période d’action des lobbys du copyright dans la lutte contre le partage des livres. Qui passera certainement des livres de recherche à ceux plus grand publics, encore peu partagés actuellement.

Et comme « sharing is an act of love », tout ceci a eu lieu le jour de la Saint-Valentin.

 

 

Mise à jour : 19 février : Philippe Aigrain écrit

Mais le futur du texte numérique, qui est aussi celui de notre civilisation mérite mieux que les cris de victoire d’acteurs qui tirent profit de la monopolisation de connaissances dont la production est souvent intégralement financée par l’argent public. Il mérite un débat public d’ensemble, où les auteurs et éditeurs attachés au partage des connaissances auront toute leur place. Il mérite avant tout une distinction forte entre le partage non-marchand et les activités commerciales, entre le partage entre individus et la création de sites centralisés. C’est de cette distinction dont les éditeurs propriétaires et leurs lobbys ne veulent à aucun prix, parce qu’elle serait le début d’une réflexion sur l’intérêt public.

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